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Sido
Fiche Nathalie SARRAUTEImprimerEnvoyer
Dimanche, 14 Septembre 2008 22:19
Écrit par Sido
Par Rich.


Nathalie SARRAUTE (1900 – 1999)



« Il me semble, quant à moi, qu’au départ de tout il y a ce qu’on sent, le “ressenti”, cette vibration, ce tremblement, cette chose qui ne porte aucun nom, qu’il s’agit de transformer en langage. »


I- Présentation sommaire


- Nathalie Sarraute s’impose comme l’un des grands écrivains du siècle. Née en 1900 près de Moscou, elle connaît une enfance partagée entre la Russie et la France, où elle s’installe définitivement en 1909.
- Etudes d’histoire, de sociologie et de droit. En 1932, elle écrit les premiers textes de Tropismes, publié en 1939.
- L’Ère du soupçon (1956), texte fondateur du Nouveau Roman, et Le Planétarium (1959) marquent sa consécration dans le monde entier.
- Dans les années 60, elle s’attache au problème de la création, avec trois romans, dont le premier, Les Fruits d’or, obtient le Prix International de Littérature en 1964.
- Elle découvre en même temps les ressources d’un “ théâtre de langage ” et écrit six pièces entre 1963 et 1980, dérivatif et prolongement de son œuvre romanesque.
- Derniers ouvrages : L’usage de la parole (1980), Ici (1995), Ouvrez (1997).


II- Premier roman : Tropismes, 1939


- Les tropismes sont ces mouvements infimes de l'âme, mouvements insensibles de l'inconscient, qui sous-tendent les comportements quotidiens, dans leur cadre le plus banal.
- L’édition originale comprenait dix-neuf textes, la réédition aux Éditions de minuit, en 1957, après le succès de L'Ère du soupçon, comporte six nouveaux textes, écrits dès 1939, et supprime un texte que l’écrivain jugeait trop “ daté ”.
- Ce livre, écrit en 1939 dans un contexte angoissant (juste avant la guerre), juxtapose 24 textes brefs dont les actants sont désignés par les pronoms personnels de la troisième personne. Les personnages sont scrutés dans le vif de leurs quotidiens.
- Méfiance manifeste à l’égard du personnage traditionnel, qui sera bientôt partagée par tout le groupe des nouveaux romanciers. Pourtant Sarraute reste attachée au traitement et à la profondeur psychologique classique.
- Dans chacun des 24 récits, les moments et les séquences narratives sont séparés et se trouvent réinvestis d’une nouvelle vie, faisant naître ces « tropismes », mouvements du psychisme brefs et pleins de contradictions.
- Le temps du récit s’allonge pour laisser paraître la richesse des sentiments partagés par et entre les personnages. C’est surtout cet aspect du partage et de l’échange qui intéresse en premier lieu Sarraute. On découvre ses personnages les uns par rapport et en rapport avec les autres.
- Le côté âpre et violent du quotidien se laisse percevoir à travers quelques événements, parsemés au long des textes, et pris au cœur de l'ordinaire le plus futile et le plus calme.


III- Portrait d’un inconnu, 1948


- Le narrateur, qui se désigne par la première personne, épie, poursuit deux personnages qui le fascinent: un vieillard avare et sa fille, vieille demoiselle mesquine, qui finit par s’émanciper par un mariage de raison.
- Dans la Préface, Sartre compare Portrait d’un inconnu à « un roman policier », affirmant que Sarraute « a mis au point une technique qui permet d'atteindre, par delà le psychologique, la réalité humaine, dans son existence même. »
- Comme dans Tropismes, les actions sont calquées sur le quotidien et les personnages ressemblent bizarrement à tout un chacun. Mais en éliminant les frontières entre discours direct et discours indirect, Sarraute enfonce le lecteur dans un monde sans limites où l’intérieur et l’extérieur se confondent, où les souvenirs et le présent, les monologues et les dialogues se font écho.
- Les personnages sont toujours anonymes, le temps toujours fuyant. Le point de vue du narrateur, extérieur au début, se change par la suite en point de vue interne permettant au narrateur de se déposséder du monde qu’il cherchait à capter dans ses moindres détails.


IV- L’Ère du soupçon, 1956, et le Nouveau Roman


- L’Ère du soupçon est un essai sur la littérature qui récuse les conventions traditionnelles du roman. Il bouleverse la critique littéraire et ouvre la voie du Nouveau Roman. La question primordiale posée est : “ Comment le romancier pourrait-il se délivrer du sujet, des personnages et de l’intrigue ?
- Le titre devient l’emblème de toute une époque. “ Si je n’avais pas publié ce volume, rien ne se serait passé pour moi de ce qui m’est arrivé par la suite ”, a toujours reconnu Nathalie Sarraute. Elle s’impose comme précurseur et chef de file du Nouveau Roman, sans jamais renier ce qu’elle doit aux autres membres du groupe : Alain Robbe-Grillet, Claude Simon, Michel Butor…
- Ce qui les a tous réunis est qu’ils étaient « pour une certaine liberté de forme », ainsi que l’écrivait Claude Simon.


V- Le Planétarium, 1959


- Alain Guimier, qui prépare sa thèse de doctorat ès lettres, vient d’épouser Gisèle. Ils s’installent et choisissent avec enthousiasme une bergère, une statuette, un banc. Les parents de Gisèle veulent lui offrir des fauteuils en cuir. Le père d’Alain accepte de servir d’intermédiaire auprès de sa sœur pour qu’elle échange son appartement contre celui de son neveu….
- Des scènes identiques sont présentées, tout le long du roman, du point de vue des différents personnages, dont les pensées et les paroles sont retranscrites dans une prose à la fois continue et hachée qui rend compte de ces mouvements presque imperceptibles qui les habitent (= tropismes).
- « De tous mes romans, écrit Sarraute, Le Planétarium est celui qui a obtenu le plus de succès. À la faveur d’un malentendu naturellement. On y trouve une intrigue, les personnages portent des noms et des prénoms. » Mais en réalité, on a plus affaire à une juxtaposition d’événements et de « chronologies » dispersés qu'au déroulement d'une narration avec intrigue linéaire.
- Les personnages dotés de prénoms et de noms, contrairement aux autres roman, sortent de l’anonymat. Or, c’est justement cette identification qui révèle le côté faux et mensonger de leurs identités, simples masques qui tombent au contact des autres personnages. Leur fragilité est celle du monde qu’il habitent et que les descriptions faites par l’auteur ne font que déstabiliser.
- Le point de vue narratif est éclaté, répandu à travers une multitude de « Je » qui se ressemblent dans leurs façons de se cacher derrière les apparences
- Comme dans Portrait d’un inconnu, il n’y a aucune rupture entre la narration et les dialogues. Le rythme narratif suit le rythme des sentiments et des sensations des personnages.


VI- Les Fruits d’or, 1963


- Les Fruits d’Or ne sont qu’un prétexte à une conversation sans intérêt, prétexte surtout à un rapprochement, par le truchement du langage, de trois personnages. Le livre dont on parle dans le roman, qui s’intitule aussi 'Les Fruits d’or', est « de Bréhier ».                 
- Mise en abyme de la lecture où le livre prend une importance croissante. Il est au centre de toutes les conversations et de tous les articles de presse. Chacun se doit d’avoir une opinion à son sujet, du critique littéraire en vue au provincial naïf en passant par le grand professeur… N. Sarraute se livre ici à une critique des milieux journalistiques, universitaires. Mais plus encore, ce qu’elle critique ce sont les manifestations d’engouement collectif non fondé, c’est la notion même de chef-d’œuvre.
- Nathalie Sarraute montre donc que les conversations, les relations entre les êtres ont une apparence de réel (ici les débats d’idées) qui cache autre chose, un monde de mouvements secrets qui constitue la réalité. On remarque à ce propos l’importance dans le texte des formules indéfinies; « ça », « cela », « c’est comme », « cela a l’air », « quelque chose », etc.
- Deux métaphores importantes : celle de l’hystérie et celle de l’illumination.


V- Enfance, 1983


- Récit autobiographique qui se présente sous forme d’un dialogue entre Sarraute et son double. Quête et reconquête du temps passé à travers l’écriture. Le point de vue du narrateur est fluctuant et obéit au jeu du double instauré par l’auteur qui, comme dans ses livres précédents, veut mettre à jour les mouvements imperceptibles et secrets de l’âme et de la conscience.
- Souvenirs d’une enfance partagée entre la France et la Russie + évocation des relations souvent difficiles qu'elle a pu entretenir avec sa mère qui a finalement choisi de vivre en Russie avec son second mari, sans sa fille. L’absence d’article ("Enfance") tend à présenter le phénomène du souvenir comme une généralité partagée par tous.
- Enfance se compose de 70 segments, fragmentation qui a pour but de simplifier l'analyse.


VI- Caractéristiques de l'oeuvre de N. Sarraute


- Brièveté des récits, sécheresse du style (disparition des longues descriptions à la Balzac).
- Roman devient sorte de roman sur le roman où personnages et intrigue ont moins d’importance que dans le roman traditionnel.
- Abondance des dialogues qui se confondent avec la narration.
- Présentation des différentes variantes d’une même scène, multiplicité des points de vue et polyphonie.
- Les thèmes se multiplient, s’entrecroisent, s’imbriquent les uns dans les autres mais ne font que déconstruire la trame narrative.
- Véritable négation du roman en tant que genre à travers la négation de ses structures, de ses procédés et de ce qui a toujours été considéré comme son fondement (personnage, intrigue…)
- Personnages anonymes, sans nom ni identité = absence de stabilité qui marque la crise de l’identité dans le roman.
- Selon Sarraute, le personnage est « privé de la foi en lui du romancier et du lecteur, qui le faisait tenir debout ». Désormais, il vacille et se déconstruit.
- L'Usage de la parole, publié en 1980 : le poids arbitraire des mots, sur le fossé qui sépare la sensation de sa représentation verbale. Le langage n'est qu'artifice et accentue l'inauthenticité de la vie sociale.                                                  
- Nathalie Sarraute disait volontiers n’avoir « jamais pu tracer de frontières entre roman et poésie » = ce qui fait que ses romans ressemblent à de longs poèmes en prose.

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