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I/ Auteur : bio, œuvres importantes, théories littéraires (préface importante s’il y a!)
1° Bio
Né le 23 juin 1910Décédé le 03 octobre 1987 (à l'âge de 77 ans)
Il est né à Bordeaux en 1910, d'un père tailleur et d'une mère musicienne. Il arrive à Paris en 1921 et poursuit ses études au collège Chaptal. Après des études de droit, il débute dans la publicité où il rencontrera Prévert. Très tôt passionné par le théâtre, Jean Anouilh assiste émerveillé, au printemps 1928, à la représentation de Siegfried de Jean Giraudoux . Cette pièce servira de révélateur : "c'est le soir de Siegfried que j'ai compris...". En 1929 il devient le secrétaire de Louis Jouvet . Les relations entre les deux hommes sont tendues. Qu'importe, son choix est fait, il vivra pour et par le théâtre. Sa première pièce, l’Hermine (1932), lui offre un succès d'estime, et il faut attendre 1937 pour qu'il connaisse son premier grand succès avec le Voyageur sans bagages . L'année suivante le succès de sa pièce la Sauvage confirme sa notoriété et met fin à ses difficultés matérielles. Au travers de textes apparemment ingénus, Anouilh développe "une vision profondément pessimiste de l’existence".
Puis éclate la seconde guerre mondiale. Pendant l'occupation, Jean Anouilh continue d'écrire. Il ne prend position ni pour la collaboration, ni pour la résistance. Ce non-engagement lui sera reproché. Il se lance dans l'adaptation de tragédies grecques et obtient un nouveau succès avec Eurydice (1942). En 1944 est créé Antigone (1944). Cette pièce connaît un immense succès public mais engendre une polémique. Certains reprochent à Anouilh de défendre l'ordre établi en faisant la part belle à Créon . Ses défenseurs mettent au contraire en avant les qualités de l'Héroïne.
À la Libération, Anouilh continue d'écrire en alternant pièces "noires", "roses", "brillantes", "grinçantes", "costumées", "secrètes" et "farceuses", suivant leur degré de pessimisme, de férocité et d’hypocrisie. Il obtient de nombreux succès. Citons notamment L'Invitation au château (1947), L'Alouette (1952), Pauvre Bitos ou le dîner de têtes (1956), Beckett ou l'honneur de Dieu (1959).
En 1961, il connaît un échec avec La Grotte . Il se tourne alors vers la mise en scène. Anouilh est un des premiers à saluer le talent de Samuel Beckett, lors de la création d'En attendant Godot. Il soutiendra également Ionesco, Dubillard, Vitrac... Il écrira encore plusieurs pièces dans les années soixante-dix, dont certaines lui vaudront le qualificatif "d'auteur de théâtre de distraction" . Anouilh assume alors parfaitement ce rôle revendiquant volontiers le qualificatif de "vieux boulevardier". Et allant même jusqu'à se présenter comme un simple "fabricant de pièces" .
Il n'en reste pas moins qu'Anouilh a bâti une œuvre qui sous l'apparence d'un scepticisme amusé révèle un pessimisme profond. Il a également su dépeindre ces combats passionnés où l'idéalisme et la pureté se fracassent contre le réalisme et la compromission. Comme l'écrit Kléber Haedens, " Anouilh touche par ses appels au rêve, sa nostalgie d'un monde pur et perdu". Anouilh est mort en 1987.
2° Bilan de cinquante années de théâtre
Même s’il a regroupé ses pièces en cinq rubriques (roses, noires, brillantes, costumées, grinçantes), l’amertume est présente dans toutes ses pièces. S’il est un ton qui domine partout et qui exprime à lui seul le ton fondamental d’Anouilh, c’est le grinçant. De plus, on peut remarquer sa tendance au pessimisme : il n’accepte ni la condition humaine, ni l’homme tels qu’ils sont. Et pourtant, il ne pense pas qu’il puisse y changer quoi que ce soit.
II/ Résumé de l’œuvre
De l'Antigone de Sophocle (441 avant Jésus-Christ) à celle de Jean Anouilh
Antigone appartient aux légendes attachées à la ville de Thèbes. Elle est l'une des enfants nés de l'union incestueuse du roi de Thèbes Œdipe et de sa propre mère, Jocaste . Antigone est la sœur d'Ismène, d'Etéocle et de Polynice. Elle fait preuve d'un dévouement et d'une grandeur d'âme sans pareils dans la mythologie.
Quand son père est chassé de Thèbes par ses frères et quand, les yeux crevés, il doit mendier sa nourriture sur les routes, Antigone lui sert de guide. Elle veille sur lui jusqu'à la fin de son existence et l'assiste dans ses derniers moments.
Puis Antigone revient à Thèbes. Elle y connaît une nouvelle et cruelle épreuve. Ses frères Etéocle et Polynice se disputent le pouvoir. Ce dernier fait appel à une armée étrangère pour assiéger la ville et combattre son frère Etéocle. Après la mort des deux frères, Créon, leur oncle prend le pouvoir . Il ordonne des funérailles solennelles pour Etéocle et interdit qu'il soit donné une sépulture à Polynice, coupable à ses yeux d'avoir porté les armes contre sa patrie avec le concours d'étrangers. Ainsi l'âme de Polynice ne connaîtra jamais de repos. Pourtant Antigone, qui considère comme sacré le devoir d'ensevelir les morts, se rend une nuit auprès du corps de son frère et verse sur lui, selon le rite, quelques poignées de terre. Créon apprend d'un garde qu'Antigone a recouvert de poussière le corps de Polynice. On amène Antigone devant lui et il la condamne à mort. Elle est enterrée vive dans le tombeau des Labdacides . Plutôt que de mourir de faim, elle préfère se pendre.
Hémon, fils de Créon et fiancé d'Antigone se suicide de désespoir. Eurydice , l'épouse de Créon ne peut supporter la mort de ce fils qu'elle adorait et met fin elle aussi à ses jours.
La pièce de Sophocle (441 avant Jésus-Christ) commence lorsqu'Antigone décide de braver l'interdiction de son oncle Créon et d'ensevelir le corps de son frère Polynice.
C'est de ce texte de Sophocle que va s'inspirer Anouilh pour écrire Antigone en 1942 : " l'Antigone de Sophocle, lue et relue et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre , le jour des petites affiches rouges. Je l'ai réécrite à ma façon , avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre".
Cette pièce , créée en 1944, connaît un immense succès public mais engendre une polémique. Certains reprochent à Anouilh de défendre l'ordre établi en faisant la part belle à Créon . Ses défenseurs , au contraire , voient dans Antigone la "première résistante de l'histoire" et dans la pièce un plaidoyer pour l'esprit de révolte.
Résumé
Tragédie en prose , en un acte, Antigone se présente comme formant un tout : il n’y a pas de divisio en actes, ni en scènes, mais simplement des entrées et sorties de personnages.L’exposition
Le personnage baptisé le Prologue présente les différents protagonistes et résume la légende de Thèbes ( Anouilh reprend cette tradition grecque qui consiste à confier à un personnage particulier un monologue permettant aux spectateurs de se rafraîchir la mémoire. Le Prologue replace la pièce dans son contexte mythique). Toute la troupe des comédiens est en scène. Si certains personnages semblent ignorer le drame qui se noue, d'autres songent déjà au désastre annoncé. Le Prologue les désigne et indique brièvement leur caractère et leur rôle.
Antigone et sa nourrice (cette scène ne doit rien à Sophocle)
Antigone rentre chez elle , à l'aube, après une escapade nocturne. Elle est surprise par sa nourrice qui lui adresse des reproches. L'héroïne doit affronter les questions de sa nounou. Le dialogue donne lieu à un quiproquo . La nourrice prodigue des conseils domestiques ( " il va falloir te laver les pieds avant de te remettre au lit") tandis qu'Antigone évoque son escapade avec beaucoup de mystère ( " oui j'avais un rendez-vous") . Mais elle n'en dira pas plus.
La nourrice sort et Ismène, la sœur d'Antigone, dissuade cette dernière d'enfreindre l'ordre de Créon et d'ensevelir le corps de Polynice. Elle était au courant depuis la veille de l’édit de Créon, et du projet de sa sœur, mais elle ne sait pas encore qu’il a été accompli pendant la nuit. Ismène exhorte sa sœur à la prudence ("Il est plus fort que nous, Antigone, il est le roi") . Antigone refuse ces conseils de sagesse. Elle n'entend pas devenir raisonnable. L’opposition physique et morale se précise entre Ismène, qui a peur de la souffrance et de la mort, et Antigone butée et résolue.
Antigone se retrouve à nouveau seule avec sa nourrice. Elle cherche à surmonter ses doutes et demande à sa nourrice de la rassurer. Elle tient aussi des propos ambigus pour ceux ( et c'est le cas de la nourrice) qui ne connaissent pas son dessein . Elle semble décidée à mourir et évoque sa disparition à mots couverts " Si, moi , pour une raison ou pour une autre, je ne pouvais plus lui parler...". C’est une scène entièrement originale où l’on voit le besoin d’affection et de tendresse d’Antigone.
Antigone et Hémon
Antigone souhaite également s'expliquer avec son fiancé Hémon (c’est une scène très émouvante, inventée par Anouilh). Elle lui demande de le pardonner pour leur dispute de la veille. Les deux amoureux rêvent alors d'un bonheur improbable. Sûre d'être aimée , Antigone est rassurée. Elle demande cependant à Hémon de garder le silence, de ne pas la questionner et lui annonce qu'elle ne pourra jamais l'épouser. Là encore , la scène prête au quiproquo : le spectateur comprend qu'Antigone pense à sa mort prochaine, tandis qu'Hémon , qui lui n'a pas percé le dessein d'Antigone, est attristé de ce qu'il prend pour un refus.
Ismène revient en scène et conjure sa sœur de renoncer à son projet. Elle affirme même que Polynice, le "frère banni", n'aimait pas cette sœur qui aujourd'hui est prête à se sacrifier pour lui. Antigone avoue alors avec un sentiment de triomphe, qu'il est trop tard, car elle a déjà , dans la nuit, bravé l'ordre de Créon et accompli son geste " C'est trop tard. Ce matin , quand tu m'as rencontrée , j'en venais."
Le délit d’Antigone
Jonas, un des gardes chargés de surveiller le corps de Polynice, vient révéler à Créon, qu'on a transgressé ses ordres et recouvert le corps de terre. Anouilh joue avec la situation et le personnage, faisant du garde une gendarme. Même comique que dans la tragédie grecque, mais bcp plus gros. Même médiocrité de l’homme, même lacheté, même fuite devant les responsabilités, même tergiversations. Le roi veut croire à un complot dirigé contre lui et fait prendre des mesures pour renforcer la surveillance du corps de Polynice. Il semble également vouloir garder le secret sur cet incident pour éviter un scandale : " Va vite. Si personne ne sait, tu vivras."
Arrestation d’Antigone
Le chœur s'adresse directement au public et vient clore la première partie de la pièce. Il commente les événements en exposant sa conception de la tragédie qu'il oppose au genre littéraire du drame. Le chœur affiche également une certaine
ironie et dévoile les recettes de l'auteur : "c'est cela qui est commode dans la tragédie. On donne un petit coup de pouce pour que cela démarre... C'est tout. Après on n'a plus qu'à laisser faire. On est tranquille. Cela roule tout seul."Antigone est traînée sur scène par les gardes qui l'ont trouvée près du cadavre de son frère. Ils ne veulent pas croire qu'elle est la nièce du roi , et la traitent avec brutalité. Ils se réjouissent de cette capture et des récompenses et distinctions qu'elle leur vaudra.
Antigone et Créon
Créon les rejoint. Les gardes font leur rapport . Le roi ne veut pas les croire. Il interroge sa nièce qui avoue aussitôt. Il fait alors mettre les gardes au secret, avant que le scandale ne s'ébruite.
Créon et Antigone restent seuls sur scène. C'est la grande confrontation entre le roi et Antigone. Le roi souhaite étouffer le scandale et ramener la jeune fille à la raison. Dans un premier temps , Antigone affronte Créon qui tente de la dominer de son autorité.
Les deux protagonistes dévoilent leur personnalité et leurs motivations inconciliables. Créon justifie les obligations liées à son rôle d'homme d'état . Antigone semble sourde à ses arguments : (Créon : Est ce que tu le comprends cela ? Antigone : " Je ne veux pas le comprendre.") . A court d'arguments Créon révèle les véritables visages de Polynice et d'Etéocle et les raisons de leur ignoble conflit. Cet éclairage révolte Antigone qui semble prête à renoncer et à se soumettre. Mais c'est en lui promettant un bonheur ordinaire avec Hémon, que Créon ravive son amour-propre et provoque chez elle un ultime sursaut. Elle rejette ce futur inodore et se rebelle à nouveau. Elle choisit une nouvelle fois la révolte et la mort. A partir de ce moment, qui constitue le tournant de la scène, c’est Antigone qui prend l’initiative et Créon qui essaie vainement de la faire taire. Soudain, elle se révolte contre « ce sale bonheur », « ce sale espoir »
Ismène , la sœur d'Antigone entre en scène alors que cette dernière s'apprêtait à sortir et à commettre un esclandre , ce qui aurait obligé le roi à l'emprisonner. Ismène se range aux côtés d'Antigone et est prête à mettre elle aussi sa vie en jeu. Mais Antigone refuse , prétextant qu'il est trop facile de jouer les héroïnes maintenant que les dés ont été jetés « tu as choisi la vie et moi la mort ». Créon appelle la garde, Antigone clôt la scène en appelant la mort de ses cris et en avouant son soulagement ( Enfin Créon !)
Le chœur entre en scène. Les personnages semblent avoir perdu la raison, ils se bousculent. Le chœur essaye d'intercéder en faveur d'Antigone et tente de convaincre Créon d'empêcher la condamnation à mort d'Antigone. Mais le roi refuse , prétextant qu'Antigone a choisi elle-même son destin, et qu'il ne peut la forcer à vivre malgré elle.
Hémon vient lui aussi, ivre de douleur, supplier son père d'épargner Antigone, puis il s'enfuit.
Mort d’Antigone
Antigone reste seule avec un garde. Cette scène, qui n’existe pas dans Sophocle, a été inventée par Anouilh pour souligner l’isolement d’Antigone à l’heure de sa mort. Elle rencontre là le "dernier visage d'homme". Il se révèle bien mesquin, et ne sait parler que de grade et de promotion. Il est incapable d'offrir le moindre réconfort à Antigone. Cette scène contraste, par son calme, avec le violent tumulte des scènes précédentes. Apprenant qu'elle va être enterrée vivante, éprouvant de profonds doutes ( " Et Créon avait raison, c'est terrible maintenant, à côté de cet homme, je ne sais plus pourquoi je meurs." , Antigone souhaite dicter au garde une lettre pour Hémon dans laquelle elle exprime ses dernières pensées. Puis elle se reprend et corrige ce dernier message ( "Il vaut mieux que jamais personne ne sache"). C'est la dernière apparition d'Antigone.
Comme dans la tragédie grecque, le messager entre en scène et annonce à Créon et au public la mort d'Antigone, pendue dans sa tombe aux fils de sa ceinture et la mort de son fils Hémon qui, après avoir craché au visage de son père, s’est tué avec son épée. Tous les efforts de Créon pour le sauver ont été vains. C'est alors le chœur qui annonce le suicide d'Eurydice, la femme de Créon : elle n'a pas supporté la mort de ce fils qu'elle aimait tant. Créon garde un calme étonnant . Il indique son désir de poursuivre " la salle besogne " sans faillir. Il sort en compagnie de son page.
Tous les personnages sont sortis. Le chœur entre en scène et s'adresse au public : Il constate avec une certaine ironie la mort de nombreux personnages de cette tragédie : "Morts pareils, tous, bien raides, bien inutiles, bien pourris." La mort a triomphé de presque tous . Il ne reste plus que Créon dans son palais vide . Les gardes , eux continuent de jouer aux cartes , comme ils l'avaient fait lors du Prologue. Ils semblent les seuls épargnés par la tragédie. Ultime dérision.
III/ L’Œuvre:
Son esthétique
Style : La pièce est écrite en prose, et dès le début, on est frappé par la familiarité du ton. Rien, ou presque, ne doit nous écarter de notre temps. Ecrivant une tragédie moderne, l’auteur explique les choses avec la plus grande simplicité et dans les termes de tous les jours. Voulant rapprocher la pièce de nous, Anouilh use abondamment de l’anachronisme (on parlera donc de films, carte postale, voitures de course…). Outre un caractère provocateur, la présence de ces anachronismes a une triple signification : montrer que les héros mythiques sont de tout temps, ensuite, par cette modernisation du mythe, crée une certaine complicité avec le spectateur d’aujourd’hui et enfin, renforcer ce qui constitue le message même de l’œuvre : l’absurde.
Les personnages ont chacun leur style : la nourrice a un parlé réaliste et familier, voire incorrect. Les gardes emploient un langage un langage grossier, pittoresque qui correspond à leurs personnages.
Antigone et Ismène ont un langage riche en images, elles laissent libre cours à leur colère et font quelquefois des phrases agrammaticales, elles ne contrôlent plus leur expression. Créon lui-même, si maître de lui, perdra toute mesure et toute dignité, et l’état d’énervement où l’a conduit Antigone se traduira par une série d’exclamations et d’apostrophes vulgaires.
De plus, on pourrait parler de la poésie de Jean Anouilh car il utilise de multiples métaphores qui viennent renforcer les idées et sentiments exprimés.
Comique et tragique : Anouilh crée un comique de dérision qui alterne avec le tragique ou se combine avec lui. Le personnage du garde est un personnage de comédie ou même de farce : il bafouille, tremble, a peur.
Il caricature également le « fonctionnaire », plus exactement le « préposé » : respect superstitieux de la consigne, préoccupation du solde et de l’avancement. C’est pour mieux enfermer Antigone dans le cercle de la solitude, dans la scène finale, qu’Anouilh a accentué la lourdeur et le burlesque des gardes. Ils sont les représentants d’une humanité incorrigible et n’ont rien compris à la vie.
Absurde et tragique : La conception de la tragédie présentée ici est encore plus noire. S’il n’y a, au fond, pas de choix à faire, ni de dilemme réel, c’est parce que tout est absurde et vain, pcq il n’y a pas d’issue et que les valeurs elles-mêmes n’ont plus de ses, pcq le monde médiocre qui est le nôtre est un monde privé de signification. Aussi la pièce apparait, du début à la fin, comme un impossible dialogue. Si message il y a, c’est celui de la primauté de l’absurde.
Les personnages
Anouilh a conservé la plupart des personnages de Sophocle, ms il en a modifié profondément les traits. Il a supprimé le personnage de Tirésias, le vieux prêtre aveugle, et a crée le personnage de la nourrice et deux gardes supplémentaires.
La nourrice : personnage traditionnel de la tragédie grecque, elle représente l’univers de l’enfance et joue tant bien que mal le rôle de la mère disparue. Elle nous montre une Antigone enfantine, ayant encore besoin de protection et de chaleur en face d’un monde hostile et froid. C’est la seule qui l’aime vraiment, mais sans la comprendre. La nourrice va souligner par contraste la solitude d’Antigone.
Les gardes : la même volonté d’opposer le drame d’Antigone à l’incompréhension générale explique qu’Anouilh ait rajouté 2 gardes. Personnages caricaturaux, ils réunissent les caractéristiques du fonctionnaire borné, ils représentent par excellence ce monde médiocre et bas qu’Antigone refuse. Leur conversation, sordide et grossière, apporte un contraste saisissant avec le pathétique de la situation et souligne l’isolement de la jeune fille.Quant au garde avec qui Antigone passe ses derniers instants, il a aussi le même rôle que la nourrice et ses congénères : représenter les personnes qui ne se posent pas de questions, incapables de s’élever.
Ismène : sœur d’Antigone, elle a gardé à peu près les traits qu’elle avait chez Sophocle : peu courageuse, elle est incapable d’accomplir l’acte héroïque qu’exige sa sœur. Elle cède à la force du roi et se soumet à la loi car sa grande peur est de souffrir et de mourir. Anouilh en fait une belle jeune fille, féminine et coquette, tout en contraste avec Antigone. Elle aime réellement sa sœur et tente de la raisonner.
Hémon : il représente le monde de l’adolescence qui n’a pas perdu les illusions de la jeunesse et croit encore au bonheur. Sophocle avait fait d’Hémon un jeune homme noble et vigoureux qui avait le courage d’affronter son père pour défendre sa fiancée condamnée à mort.
Chez Anouilh, le personnage se comporte devant son père comme un enfant et recourt à lui comme à celui qui peut tout. Mais lorsque Créon lui explique qu’il n’y a plus rien à faire, Hémon voit s’effondrer, avec le désespoir d’un enfant déçu, tt le prestige dont il avait paré son père. Hémon recule alors devant la réalité et Créon considère alors qu’il refuse de devenir un homme. Son dernier cri est un appel au secours à l’adresse d’Antigone.
Antigone :
- Un physique ingrat : Autant l’Antigone grecque était remarquable par sa tenue, sa dignité et ns impressionnait par sa beauté sévère, autant l’Antigone moderne s’éloigne de cet idéal. Elle n’est pas coquette, aurait voulu être un garçon.
- Une amoureuse de la vie : Pour Anouilh, comme pour Giraudoux, il y a un moment dans la vie des êtres où ils ne peuvent plus se dérober devant les exigences de leur nature profonde, et où ils vont enfin révéler leur identité. Le Prologue « Alors voilà, cela commence. La petite Antigone est prise. La petite Antigone va pouvoir être elle-même pour la première fois ». Antigone est animée d’un amour passionné de la vie, de la vie sous toutes ses formes. Elle s’attache à toutes les sensations, elle se lève la première le matin pour sentir la fraîcheur sur sa peau. La scène avec Hémon révèle également sa sensualité et son rêve : vivre en accord avec la nature et conserver intact les joies et illusions de l’enfance.
- Une rebelle : Tous déplorent son sale caractère. Quant à Créon, il décèle chez sa nièce l’orgueil d’Œdipe. Elle ne veut pas réfléchir et ne veut pas comprendre « je comprendrai quand je serai vieille ». elle n’admet ni les remontrances, ni les conseils, et se déclare seule juge. Elle ne veut dépendre de rien ni de personne, et trouve ses lois en elle-même. Elle veut affirmer sa liberté par ses actes.
- Un idéal d’absolu : La mission que s’est imposé Antigone, c’est d’enterrer son frère afin de pouvoir célébrer sa mort. Mais au fur et à mesure de la discussion avec Créon, ce n’est plus pour rendre hommage au mort, ce n’est plus pour son frère qu’elle agit, mais pour elle-même. C’est devenu presque un acte gratuit, sans autre signification que d’exprimer l’autonomie du sujet et sa libre décision. Lorsque Créon lui révèle la vérité sur ses deux frères, que l’on comprend les vraies raisons de son refus : celui-ci ne s’appuie plus sur les traditions. Elle décide de dire non au bonheur, de dire non à une vie de compromissions et de lachetés où se dégraderait son idéal d’absolu. C’est la hantise de perdre sa pureté et son enfance éternelle qui provoque chez elle le sursaut final et l’amène à choisir la mort. Pourtant, avant de mourir, elle se rend compte finalement qu’elle ne meurt « pour rien ». L’antigone moderne illustre l’écroulement de toutes les certitudes dans un monde privé de signification. Croire en elle-même eût été croire en quelque chose : on peut se suicider pour donner un sens à sa vie. La mort d’Antigone est dénuée de sens.
Créon : le chœur le présente comme un homme robuste aux cheveux blancs. A la mort d’Œdipe et de ses fils, Créon a du assumer le trône. Il prendra ses responsabilités de chef « puisque je suis là pour le faire, je vais le faire », et se trouvera confronté à un problème : sa nièce a enfreint ses ordres, mais il n’est pas une brute et a une sincère affection pour sa nièce. Alors il essaie de la sauver, mais sans résultats, car deux idéaux s’affrontent : à l’exigence absolue fait écho la triste profession de foi d’un vieillard, aux interrogations passionnées d’Antigone sur le sens de l’existence ne répondent plus que des consolations accompagnées d’ordre matériel. Il reste sans illusions sur le monde, les autres et lui-même.
Les thèmes importants développés dans l’œuvre
La solitude : Antigone est irrémédiablement seule. Le Prologue annonce qu’elle « va se dresser seule en face du monde ». Le dialogue souligne l’impossible communication avec les êtres qui l’entourent. Sa nourrice, qui l’aime, ne la comprend pas, Ismène la traite de folle, personne ne la comprend, mais elle refuse elle-même de comprendre les autres, s’enfermant progressivement dans la solitude. Pourtant, arrivée au terme de sa vie, elle ressentira cependant la solitude angoissante.
Créon connait également la solitude. Le Prologue « Créon est seul », il ne peut compter que sur lui-même pour accompagner la tâche difficile de conduire les hommes. « On est tout seule, Hémon. Le monde est nu ». Les héros d’Anouilh vivent et meurent seuls, soulignant le tragique de la condition humaine.
L’enfance : Adjectif « petit » revient 70 fois dans le texte, et qualifie très souvent Antigone. Par ailleurs, la nourrice sert à souligner la fragilité d’Antigone. Beaucoup de références sont faites à son enfance. Anouilh crée donc un contraste entre le personnage et sa mission et curieusement, c’est au moment où Antigone va grandir pour assumer sa mission qu’elle découvre avec horreur le monde des adultes, un monde absurde. C’est Créon qui le lui révèle en montrant que vivre, c’est accepter. Ce qu’Antigone veut préserver coûte que coûte, c’est la magie de l’enfance, la possibilité de croire que les choses sont belles, bonnes et durables.
Le bonheur : Antigone fait partie de cette race de héros purs et intransigeants, assoiffés d’un bonheur qui ne souffre pas les compromissions et la médiocrité de la vie quotidienne. Elle est exigeante, et ne se contente pas du bonheur simple que lui propose Créon. Elle veut tout, tout de suite. Le bonheur, pour elle, c’est vivre ses rêves d’enfance et d’adolescence, c’est refuser la vieillesse, c’est l’amour absolu. La passion d’Antigone pour le bonheur vrai exclut tout partage, toute médiocrité. Et c’est pour cela qu’elle meurt : pour fuir le pauvre bonheur des hommes, et pour échapper à la banalité de la condition humaine. Finalement, elle meurt en vertu d’une conception du bonheur qu’elle s’est personnellement forgée et qu’elle refuse de trahir.
Le pouvoir : Créon, roi de Thébes, incarne le pouvoir et permet à Anouilh de présenter les principaux aspects de la pratique politique. Gouverner, c’est se plier à la raison d’Etat, en oubliant que l’on règne sur les hommes, en oubliant que l’on est soi même un homme. Il est obligé de faire une « sale besogne » malgré lui : Créon assume des responsabilités qui lui déplaisent, mais il n’a plus la liberté ne le choix de les refuser. Il a dit oui, et c’est pour cette raison qu’il accepte de se salir les mains. Être roi, c’est accepter les mensonges, les compromissions et les crimes. La politique est une « histoire sordide », aucune pouvoir n’est pur. Créon le sait et il a le courage de le proclamer. Anouilh, quant à lui, n’envisage aucune issue.
Dès qu’elle fut joué, on s’est interrogé sur la signification qu’elle pouvait avoir à sa date, la dernière année de l’occupation. Les uns y ont vu une apologie du gouvernement de Vichy et se sont ingénier à chercher des allusions (« il faut pourtant qu’il y en ait qui mènent la barque ». Créon devenait ainsi le porte-parole des « pétainistes ». Pour les autres, au contraire, la pièce exaltait l’opposition à un pouvoir tyrannique en même temps que le devoir de désobéissance, et faisait l’éloge des résistants dont Antigone devenait le porte-drapeau.
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